Le Canada réclame que l’Iran libère les prisonniers bahá’ís

Le Canada réclame que l’Iran libère les prisonniers bahá’ís

Aujourd’hui, le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a exhorté l’Iran à libérer inconditionnellement les sept dirigeants de la communauté bahá’íe, emprisonnés par le régime iranien. « Ils ont été incarcérés sans motif pendant 28 mois dans des conditions pénibles », a déclaré le ministre, ajoutant que les « accusations portées contre eux brossent à dessein une image inexacte de leur religion et de leur engagement envers leur communauté. » On peut trouver la déclaration du ministre en cliquant ici.

Plus tôt en décembre, plusieurs députés canadiens des divers partis ont fait des déclarations à la Chambre des Communes pour attirer l’attention sur la persécution continuelle de la plus importante minorité religieuse d’Iran par les autorités iraniennes.

Le député de Mont-Royal et ancien ministre de la Justice et procureur général, Irwin Cotler a déclaré : « […] la condamnation récente de sept responsables baha’is à dix ans de prison en Iran met en lumière la déplorable situation des droits de la personne en général dans ce pays et le fait que la plus grande minorité religieuse du pays y est la cible d’attaques virulentes. »

Le député de Charlottetown, Shawn Murphy, a déclaré: « Je demande au gouvernement de convoquer le chargé d’affaires iranien et chef de mission et de demander au gouvernement iranien de faire cesser la persécution des baha’is et de libérer sans délai les sept leaders de la communauté baha’ie encore emprisonnés en Iran. »

M. Pierre Poilievre, député de Nepean-Carleton a déclaré : « Notre gouvernement appuie sans réserve les membres de la communauté bahá’íe et leur désir que leurs droits et libertés soient respectés. »

L’inquiétude de la communauté internationale a été exprimée aujourd’hui dans un article du Wall Street Journal intitulé « An Open Letter to the Islamic Republic » [Lettre ouverte à la République islamique]. L’auteur de l’article, M. Kishan Manocha, fait ressortir que le fait de demander qu’on accorde la liberté de religion aux bahá’ís d’Iran « correspond à ce que la République islamique réclame pour les minorités musulmanes dans les autres pays. Les bahá’ís ne sollicite que le même traitement. »

[L’article complet suit]

Lettre ouverte à la République islamiqueEn persécutant ses minorités religieuses, Téhéran viole sa propre constitution.par Kishan Manocha

Sept anciens dirigeants de la communauté bahá’íe d’Iran sont dans la première année d’une peine injuste de dix ans d’emprisonnement. Ils ont été arrêtés en 2008, ils ont été détenus pendant des mois sans que des chefs d’accusation soit divulgués et on n’a pas permis qu’ils aient des contacts adéquats avec leurs avocats ou qu’ils reçoivent régulièrement la visite de leur famille. Une fois que les chefs d’accusation ont finalement été portés contre eux – des allégations outrageusement injustifiées, particulièrement en ce qui concerne le présumé crime d’avoir « propagé la corruption sur terre » – les sept bahá’ís les ont catégoriquement et complètement rejetés. En août dernier, ils ont été déclarés coupables, et leur avocate, Shirin Ebadi, a déclaré que les accusations étaient « dépourvues de preuves ».

Ces sept bahá’ís – Fariba Kamalabadi, Jamaloddin Khanjani, Afif Naimi, Saeid Rezaie, Mahvash Sabet, Behrouz Tavakkoli et Vahid Tizfahm – sont le symbole des trente années de persécution perpétrées par l’État contre la plus importante minorité religieuse d’Iran. La République islamique veut que nous oubliions les sept prisonniers, de même que leur patients coreligionnaires et les très nombreuses autres victimes des violations des droits fondamentaux dans ce pays.

Ces sept bahá’ís constituent un portrait de l’Iran. Ils ont de 37 à 77 ans, certains d’entre eux ont des parents âgés, tous ont des enfants, dont le plus jeune n’avait que neuf ans quand son père a été arrêté. Ils viennent de toutes les régions du pays. Leurs occupations varient aussi beaucoup : psychologue, industrialiste, fabricant, ingénieur, éducatrice, travailleur social et opticien. Ils ont tous servi bénévolement leurs concitoyens, que ce soit dans le domaine de l’alphabétisation, de l’égalité des hommes et des femmes ou encore en travaillant pour fournir une éducation aux milliers de jeunes bahá’ís à qui l’accès aux universités iraniennes est refusé en raison de leur religion.

Contrairement à ce qui a été avancé, il ne s’agit pas d’un groupe d’espions. Un tribunal d’appel iranien a dû concéder ce point et a retiré les accusations d’espionnage, d’avoir compromis la sécurité de l’État et d’avoir terni la réputation de la République islamique. Les seules accusations qui ont été retenues étaient à l’effet que ces bahá’ís avaient administré les affaires sociales et spirituelles de leur communauté confessionnelle. Pourtant durant les vingt dernières années, le gouvernement était au courant de leurs activités et il est aussi infondé qu’injuste d’affirmer soudainement que leur travail est illégal. Les autorités judiciaires iraniennes ont déformé les croyances religieuses et pacifiques des accusés et ont tenté de criminaliser leur travail inoffensif au service de la communauté bahá’íe. Il s’agit d’une violation éhontée de la liberté de conscience des Iraniens, qui est garantie par la constitution du pays, par la Déclaration des droits de l’homme et par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui ont été ratifiés par l’Iran.

En plus du fait qu’aucune preuve n’a été avancée pour appuyer les accusations portées contre ces bahá’ís, le traitement qui leur a été réservé durant leur détention a violé toutes les normes de justice.

Les responsables du ministère du Renseignement ont utilisé des méthodes d’interrogation qui ignorent les normes de comportement civilisé, et, malgré cela, ils n’ont pas réussi à leur arracher de faux aveux. Le juge présidant au procès a déclaré que les séances se dérouleraient « publiquement » », mais a refusé les demandes soumises par les familles et les observateurs étrangers, qui désiraient y assister. Les journalistes n’ont pas été admis mais les opérateurs de prise de vue de l’État et les agents du ministère du Renseignement étaient présents et actifs. Chaque fois que d’innocents citoyens sont soumis à un simulacre de procès, c’est le système judiciaire, et non les accusés, que juge l’opinion publique. Ce procès était dépourvu de toute impartialité, il a tourné en dérision le pouvoir judiciaire iranien et a montré l’absurdité de ses prétentions d’être un défenseur des droits de la personne.

Aujourd’hui, les sept prisonniers sont détenus à la prison Gohardasht, près de Karaj. Cette prison est notoire pour sa saleté, pour la pestilence et la maladie qui y sévissent et pour le manque d’installations essentielles à l’hygiène personnelle. Ils sont confinés à des cellules si exiguës qu’il leur est difficile de s’allonger ou même de réciter leurs prières quotidiennes. La prison est surpeuplée et on signale que les prisonniers sont forcés de dormir dans les corridors. Ces conditions inhumaines démentent les principes de compassion et de justice auxquels la République islamique professe adhérer. Le traitement des prisonniers bahá’ís et des autres prisonniers, qu’ils soient innocents ou coupables, constitue une transgression des enseignements du prophète Muhammad.

La communauté bahá’íe a reçu des rapports au sujet de l’admiration croissante de la population carcérale pour les sept prisonniers bahá’ís, qui sont devenus, dans ces conditions, une brillante source d’espoir et de réconfort. Aux yeux des prisonniers de la prison Gohardasht, ils sont un exemple de la liberté d’esprit qui caractérise les Iraniens sincères.

Les bahá’ís d’Iran ne sont pas « autres », ils font partie intégrante de la nation iranienne. Les injustices qu’ils ont souffertes sont une réflexion de l’oppression dans laquelle la nation a sombré. Si les dirigeants de la nation iranienne respectaient les droits des bahá’ís iraniens, ils signaleraient leur volonté de respecter les droits de tous les citoyens iraniens. La communauté bahá’íe demande aujourd’hui que les sept prisonniers bahá’ís, ainsi que les dizaines d’autres bahá’ís qui sont incarcérés partout au pays, soient libérés. Mais cette demande ne se limite pas aux bahá’ís. Le gouvernement iranien doit respecter les droits de tous les Iraniens.

Cela correspond à ce que la République islamique réclame pour les minorités musulmanes dans les autres pays. Les bahá’ís ne sollicitent que le même traitement.

M. Manocha est directeur du Bureau des affaires extérieures de la Communauté bahá’íe du Royaume-Uni.

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