Le projet Illumine Media jette un nouvel éclairage sur des quartiers de Toronto

Le projet Illumine Media jette un nouvel éclairage sur des quartiers de Toronto

La première scène des vidéos de la série intitulée How We Grow, produite par le Illumine Media Project, montre des lignes que l’on dessine à la craie sur un tableau, et qui donnent lentement forme à des feuilles, des tiges et à un plant de tomates.

Le projet d’inspiration bahá’íe, et basé à Toronto, explore dans ses vidéos des thèmes portant sur le développement et le changement, et il cherche à adopter une approche organique, axée sur le développement.

Les vidéos s’adressent aux jeunes et à leurs familles, et le thème du développement les intéresse beaucoup, possiblement parce que la jeunesse est une période de développement et de grands changements.

La série de vidéos explore l’idée que l’humanité est sortie de son enfance et entre dans la période longuement attendue de sa maturité. On peut déceler les signes de son adolescence dans le fait que des normes et les valeurs longtemps chéries sont largement remises en question. La reconnaissance de plus en plus généralisée de l’égalité de tous, indépendamment du sexe, de la race ou de la classe d’une personne, est un signe que cette période de maturité approche. Maya, qui paraît dans la série, raconte qu’elle a perdu sa grand-mère. Celle-ci n’a pas eu accès à une éducation formelle, elle a été mariée jeune, sans pouvoir choisir son conjoint. Par contre, Maya a l’intention d’aller à l’université et elle aura son mot à dire sur le choix d’un conjoint et le moment où elle se mariera.

Esther Maloney, la coordinatrice du projet, explique que bien des jeunes disent avoir compris, en regardant les vidéos, que l’humanité se développe progressivement, de la même manière que chaque être humain.

L’équipe du projet, formée en 2012, se sert de ces vidéos pour faire ressortir la réalité de diverses communautés de la région de Toronto. On y montre des images de l’environnement physique torontois, comme des autobus, des écoles et des tours d’habitation, mais on y montre aussi des jeunes qui sont dévoués et qui tentent de mieux saisir les dimensions spirituelles de la réalité, par exemple : comment trouver l’espoir dans un monde plein de désespoir?

Le but des vidéos est de susciter des conversations sérieuses avec les jeunes et leur famille, conversations qui les aident à décrire leur réalité sociale et à découvrir comment ils peuvent la transformer. Un autre important objectif du projet est celui d’aider un nombre croissant de personnes à acquérir les compétences nécessaires à la réalisation de vidéos.

Environ 2 600 jeunes de Toronto ont visionné les vidéos du projet Illumine Media, qui ont été présentés dans des écoles, des centres communautaires et au Festival de films de Regent Park. L’équipe de réalisation comporte une vingtaine de personnes, en majorité des jeunes de Toronto.

Le développement du projet est comparable à celui d’un organisme vivant. Tout comme un arbre qui se développe à partir d’une graine, acquérant une tige, des branches et produisant des fruits, le projet comportait au début un petit nombre de personnes qui s’occupaient de tout. Plus tard, la situation est devenue plus complexe et des équipes spécialisées dans les divers aspects du projet se sont formées. Les diverses équipes s’occupent maintenant de la prise de vue, de l’enregistrement audio, des acteurs, de la rédaction de scripts, de la composition de la musique et du dialogue avec les membres de la communauté. L’équipe du projet continue d’évoluer pour répondre à son développement et aux changements.

Le projet a commencé il y a cinq ans, avec des vidéos qui avaient pour but d’aider les adolescents à réfléchir à certaines valeurs comme la coopération, la véracité, l’amitié et le pardon. Par exemple, la vidéo intitulée Dancing Into It, montrait un jeune qui avait endommagé le lecteur de disques Blu-Ray de son père et qui devait décider s’il allait le lui avouer.

Plusieurs des personnes qui participaient au projet au début n’avaient pas d’expérience en réalisation vidéo, mais elles avaient une idée claire du type de vidéos qu’elles désiraient créer. L’équipe a dû apprendre à agir, et à tirer des leçons de ses actions, plutôt que de s’inquiéter d’atteindre la perfection avant même d’agir.

L’équipe a trouvé que les premières réactions des membres de la communauté aux vidéos étaient encourageantes. Mme Maloney se souvient que les enfants ont crié de joie de voir des appartements comme les leurs sur le grand écran, et non des maisons comme on le voit le plus souvent à la télévision.

Quand les compétences de l’équipe se sont améliorées, et que ses membres sont devenus mieux informés des besoins des communautés qu’ils servent, ils ont décidé de réaliser une série de vidéos qui s’adressent à des jeunes plus âgés. En entreprenant la réalisation d’une série, l’équipe a appris à fonctionner avec une plus grande complexité. L’aspect le plus difficile a été de trouver des acteurs qui seraient en mesure d’accorder suffisamment de leur temps au tournage de cinq épisodes. Tous les acteurs et tous les membres de l’équipe de tournage sont bénévoles.

« Il a fallu que nous nous demandions comment mobiliser des personnes qui comprendraient bien l’engagement qu’un tel projet exigerait d’elles », explique Safa Mostaghim, qui contribue actuellement à la coordination du projet. Une fois que les participants ont mieux compris les objectifs du projet, explique-t-il, il leur a été possible d’y consacrer plus de temps.

M. Mostaghim explique qu’en s’arrêtant régulièrement pour réfléchir au projet il a été plus facile de prendre les décisions qui s’imposaient et de choisir la technologie dont ils allaient se servir. Les gens qui voient les vidéos suggèrent parfois qu’ils soient offerts en ligne, mais, après avoir réfléchi au but du projet, l’équipe a décidé de ne pas le faire, pour le moment. « Nous considérons que le projet est le début d’une conversation et cette conversation est importante », dit-il.

Les jeunes réagissent de toutes sortes de façons aux vidéos. Selon Anita Sadeghi, à qui il arrive souvent d’animer une discussion après la présentation d’une des vidéos, un groupe du nord de Toronto avait initialement des commentaires négatifs à son sujet. Après réflexion, ils se sont rendu compte que les médias qu’ils consomment montrent souvent les noirs sous un jour très négatif, et lorsqu’ils ont compris que le projet offrait un point de vue plus positif, leur attitude est devenue plus favorable.

Le groupe a récemment décidé de présenter une vidéo montrant des jeunes aux prises avec les manifestations subtiles et non subtiles de la compétition, à leur école et dans leur famille. Il a organisé un tournoi de baby-foot (soccer sur table) pour aider les gens de la communauté à explorer les thèmes de la compétition et de la coopération. En réponse, d’autres groupes ont créé des vidéos et ont fait des entrevues avec des gens de leur communauté, au sujet des thèmes présentés dans les premières vidéos.

L’équipe a été encouragée d’entendre parler de certaines actions entreprises par certains jeunes qui avaient vu les vidéos. Un des buts du projet est d’étendre l’influence des processus de la communauté bahá’íe, qui servent à développer les capacités des groupes pour qu’ils prennent en main leur propre développement spirituel, social et intellectuel. L’équipe se demande souvent ce qu’elle peut faire pour aider les gens de la communauté à moins se contenter de recevoir des services et à penser davantage qu’en faisant appel aux talents qui existent parmi eux, ils peuvent aider les jeunes à prendre leur destinée en main. Le projet devra surmonter certains obstacles et mieux s’intégrer à la réalité sociale de telles communautés.

Heureusement, comme le montre la série de vidéos, les défis comportent souvent des possibilités de développement.