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Un symposium à l’Université Carleton sur les réfugés iraniens bahá’ís

Un symposium à l’Université Carleton sur les réfugés iraniens bahá’ís

« Vous serez dispersés dans tout le pays, comme des pierres précieuses. » C’est ce que Mina Sanaee se rappelle avoir entendu Douglas Martin lui dire au début des années 80, quand il visitait des réfugiés bahá’ís au Pakistan.

À cette époque, M. Martin était secrétaire de l’Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís du Canada, le premier pays à ouvrir ses portes aux réfugiés bahá’ís qui fuyaient les violentes persécutions en Iran. « Chaque bahá’í [qui avait quitté l’Iran] avait dû faire face à une décision suprêmement douloureuse [quitter l’Iran], après avoir patiemment enduré des actes quotidiens de violence et d’injustice… Nous étions abattus », a dit Mme Sanaee, « mais son message nous a encouragés. »

Finalement, quelque 2 300 bahá’ís sont venus au Canada dans le cadre d’un programme conçu durant les années 1980 par le gouvernement du Canada en coopération avec l’Assemblée spirituelle nationale. Une conséquence de cette collaboration a été que la Maison universelle de justice, le conseil mondial d’administration de la communauté bahá’íe, a établi le Bureau des réfugiés bahá’ís au Centre national bahá’í du Canada. Le Bureau a cessé ses activités en 1989, ses activités ayant considérablement diminué, bien que, depuis cette époque, des milliers d’autres réfugiés bahá’ís soient arrivés au Canada et soient devenus citoyens et membres productifs de la société.

Le 21 septembre, l’Université Carleton accueillait un symposium d’un jour sur le mouvement de réfugiés iraniens bahá’ís vers le Canada de 1981 à 1989. Une centaine de personnes y a participé, y compris des universitaires, des fonctionnaires, des étudiants et des membres de la collectivité. La conférence était parrainée par la Communauté bahá’íe du Canada, la Société historique de l’immigration canadienne ainsi que le Centre for Public History, le projet Migration and Diaspora Studies et le département d’Histoire de l’Université Carleton.

Le Professeur Howard Adelman, un des plus importants chercheurs sur les questions de réfugiés, a fait remarquer que la communauté bahá’íe d’Iran avait été ciblée parce que « de par son universalisme, elle reflétait l’esprit de la modernité ». Il a appelé la révolution islamique une « contrerévolution » et une forme d’« anti-modernisme » et d’« anti-universalisme », ciblant l’élément le plus moderne de la société. Durant les années 1970, une dynamique société civile s’était développée au Canada, travaillant avec le gouvernement pour créer un cadre de politiques particulières, qui permettrait à des groupes organisés de parrainer des réfugiés. Mike Molloy, l’ancien directeur général de la Division des affaires des réfugiés, a dit que, à l’époque, les nouvelles politiques du gouvernement visaient prioritairement les minorités opprimées et rendaient possible un parrainage privé. Par conséquent, le gouvernement a été en mesure de réagir rapidement aux besoins des bahá’ís de l’Iran.

Gerry Van Kessel qui, dans les années 1980, était directeur général des opérations à la Division des affaires des réfugiés, a dit que le travail qu’il avait fait dans le cadre du programme pour les bahá’ís, avait était un « moment fort de sa carrière ». Quand Douglas Martin a pris contact avec le gouvernement du Canada pour obtenir son aide, il existait déjà une infrastructure pour faciliter l’installation des bahá’ís d’Iran. Toutefois, M. Van Kessel a fait remarquer que ce qui a permis au programme de bien fonctionner était la confiance et la crédibilité qui se sont développées entre les représentants bahá’ís et les fonctionnaires. « C’est comme ça qu’on obtient la coopération… et c’est à cause de votre crédibilité auprès de nous que cela a été possible. »

L’auditoire de la conférence a aussi entendu les points de vue de réfugiés et de fonctionnaires qui avaient travaillé sur le terrain. Tous ceux qui ont travaillé dans le cadre du programme se souviennent de l’amour et du dévouement de Mona Mojgani qui a servi comme directrice du Bureau mondial bahá’í pour les réfugiés, jusqu’à sa dissolution en 1989. Sa fille, Susan, a parlé des souvenirs qu’elle avait de tous les « enfants » de sa mère, ainsi que de tous ses « compagnons d’armes » (les fonctionnaires canadiens).

Dennis Scown, qui était durant les années 1980 directeur du programme d’immigration à Islamabad a dit : « Mona a rendu notre travail plus facile… elle nous a aidés à organiser les bahá’ís pour nous, et elle comprenait comment nous travaillions. Nous avions confiance en elle. »

Mark Davidson, actuellement directeur général à Citoyenneté et Immigration Canada, était alors à son premier poste, à Islamabad, et il se souvient d’avoir été étonné d’apprendre dans quelles localités éloignées les bahá’ís étaient envoyés s’installer au Canada. Plus de cent communautés locales, aussi loin que Sandpit (Colombie-Britannique) offraient de parrainer des bahá’ís. Afsoon Houshidari, qui n’avait que quatre ans quand ses parents se sont enfuis d’Iran a raconté des anecdotes personnelles et des souvenirs au sujet de la période d’attente à Karachi, avant d’être acceptés par le Canada, et de leur excitation à leur départ pour le Canada. Ce n’est que récemment qu’elle a appris que les visas de sa famille avaient été signés par Dennis Scown, un autre participant à la table ronde.

Plusieurs bahá’ís qui sont venus au Canada à cette époque et plusieurs membres d’une communauté qui avait reçu des réfugiés ont aussi été invités à parler de leurs expériences. Ils ont souligné que chaque expérience avait été unique et que plusieurs d’entre eux avaient traversé une période très difficile et traumatique. L’endurance dont ils ont fait preuve avait été renforcée par leurs croyances bahá’íes et par les liens interculturels uniques qu’ils ont établis avec leurs coreligionnaires et avec d’autres Canadiens.

Le programme s’est terminé avec quelques réflexions permettant de mettre le programme de réfugiés bahá’ís dans un contexte plus général, une étude de cas pour en apprendre plus sur l’histoire du Canada et sur les politiques publiques.

On trouvera de plus amples informations au sujet du symposium à l’adresse symposium.bahai.ca, et de plus amples informations sur le programme de réfugiés bahá’ís à l’adresse:http://reviewcanada.ca/magazine/2013/07/a-quiet-exodus/