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Cinq décennies d’apprentissage: Réflexions issues de la 50e conférence annuelle de l’Association d’études bahá’íes

Cinq décennies d’apprentissage: Réflexions issues de la 50e conférence annuelle de l’Association d’études bahá’íes

La fin de semaine du 7 au 9 août 2026, quelque 2 100 personnes, venus de tout le Canada et des États-Unis, se sont réunis à l’occasion de la 50e conférence annuelle de l’Association d’études bahá’íes (AÉB). L’Association vise à créer des espaces de réflexion sur la manière dont chacun peut contribuer aux débats dans son domaine universitaire et professionnel à la lumière des enseignements bahá’ís. L'association a organisé sa première conférence à Bolton, en Ontario, en 1976, et son siège administratif a été établi à Ottawa en 1982.

La réunion a commencé par des paroles d’accueil et une prière en langue autochtone des Tutchones du Nord. La séance d’ouverture a proposé un survol des cinquante dernières années d’efforts. Dans ses discours préparés comme dans ses discussions informelles, le comité de direction de l’AÉB a retracé le parcours de l’association, depuis ses premières initiatives, composées de petites conférences et de quelques monographies, jusqu’à l’écosystème actuel composé de multiples espaces d’apprentissage collectif. Aujourd’hui, l’AÉB appuie des cercles de lecture et des colloques réguliers tout au long de l’année, ainsi que des séminaires pré-conférences dans 15 à 20 domaines différents. L’organisation publie également le Journal of Bahá’í Studies quatre fois par an et produit des livres. Pendant la conférence, l’AÉB offre des séances plénières, des ateliers, des représentations artistiques et dévotionnelles, ainsi que des programmes pour les enfants, les préjeunes de 12 à 15 ans et les jeunes.

C’est M. Shahriar Razavi, membre de la Maison universelle de justice, le conseil directeur mondial de la communauté bahá’íe qui a prononcé le discours d’ouverture de la conférence. Il a abordé le thème de la paix, en soulignant que, dans un monde en proie à une « détérioration vertigineuse », [...] « la promotion de la paix est au cœur des enseignements bahá’ís » et, par conséquent, de la vie et du travail au service de la communauté. Il a exploré une conception élargie de la paix, qui loin d’être simplement une cessation des hostilités ou un état d’absence de guerre, implique tous les peuples du monde dans la reconstruction de la société. Il a analysé les principes révolutionnaires qui sous-tendent une culture de paix. En réponse à la « croyance largement répandue selon laquelle les efforts en faveur de la paix échoueront », il a mis en évidence des exemples où la haine et la persécution n’ont pas conduit à un comportement réciproque. Le discours est disponible ici

La conférence a abordé un grand nombre de sujets et de thèmes. La première journée s’est achevée par la projection de Cast Aside the Clouds, un long métrage sur la foi, l’amour et la persécution, dont l’action se déroule dans l’Iran contemporain. Une des séances en petits groupes s’est penchée sur la réalisation du film et sur le rôle des jeunes en tant qu’agents du changement dans la société. 

Parmi les séminaires pré-conférence organisés sur deux jours figurait une discussion intitulée « S’inspirer de l’expérience bahá’íe en matière d’éducation en tant qu’enseignant », qui visait à affiner un projet de manuel destiné aux enseignants de la maternelle à la douzième année. La question centrale était de trouver une cohérence dans l’éducation des enfants, une approche qui explore les enseignements tirés des expériences de reconstruction communautaire bahá’íe et des idées issues de la philosophie et des sciences. Un participant a salué l’existence d’un espace permettant de réfléchir à la manière de « surmonter la fragmentation qui existe actuellement dans les systèmes scolaires » et « d’envisager les trois éléments de l’éducation – le contenu des programmes, l’élève et l’enseignant – comme les composantes d’un système unifié, en évitant de se concentrer indûment sur des objectifs tels que, par exemple, l’estime de soi des élèves, les résultats aux examens, ou l’éducation au service de la réussite économique ». On a aussi discuté du rôle des familles dans le processus éducatif.

Un séminaire pré-conférence, intitulé « Alternatives à la partisanerie – théorie et pratique », a été organisé pour offrir aux participants un cadre conceptuel et un ensemble d’outils pratiques leur permettant de participer aux débats sociétaux d’une manière qui favorise l’unité et évite d’exacerber les divisions politiques. Parmi les sujets discutés figuraient les points de vue actuels sur la démocratie, les recherches sur la dépolarisation politique, ainsi que les guidances bahá’íes concernant une forme d’organisation sociale radicalement sans parti et l’expérience accumulée dans ce domaine.

Les ateliers organisés durant la seconde journée de la conférence ont permis d’aborder des questions auxquelles font face des individus et des groupes de collaboration dans un grand nombre de disciplines. Ces ateliers ont notamment permis de partager des réflexions sur un projet d’agriculture régénérative en Haïti ; de discuter de santé sexuelle en se basant sur des principes tels que la noblesse de l’être humain, la justice et l’égalité des sexes ; d’explorer les fondements de la composition musicale en s’éloignant d’une conception eurocentriste de la musique pour adopter une approche novatrice et universelle qui honore la diversité des pratiques à travers le monde et s’appuie sur elles  ; de s’interroger sur l’origine et la nature du droit, soit considéré comme une création purement humaine, soit comme quelque chose de plus profond et de plus vaste, incarné dans la nature et l’existence elle-même ; de combattre les préjugés liés à l’âgisme et au vieillissement ; de discuter de l’intelligence artificielle dans son rapport à la conscience et au progrès humain. 

D’autres discussions en table ronde ont traité de divers sujets, notamment d’un projet de recherche collaborative de trois ans pour analyser les présupposés matérialistes dans les sciences biologiques, ainsi que d’une méthode pour établir un discours savant rigoureux prenant en compte les aspects intellectuels et spirituels. Le 9 août, à l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, une table ronde a réuni des chercheurs et des praticiens autochtones. Ils y ont présenté le paysage des systèmes de savoirs autochtones, montrant comment ceux-ci sont utilisés pour rétablir la santé et la dignité des peuples, et non comme de simples ensembles d’informations. Selon l’un des participants, « La diversité de l’humanité n’est pas un problème à gérer, mais un cadeau. La suppression des systèmes de savoirs autochtones est une perte pour l’humanité tout entière. » Les participants ont été encouragés à aborder ces systèmes avec un esprit d’apprentissage plutôt qu’avec une optique de traduction ou de validation.

En partant, un participant a exprimé le sentiment que cette expérience allait influencer sa propre réflexion, ses actions, ses choix de carrière et ses conversations. Une participante expérimentée a quant à elle qualifié ces séminaires de quête de réponses plutôt que de transmission ou de répétition d’informations existantes. « Il y a une attitude d’apprentissage, d’ouverture d’esprit pour essayer de comprendre où en sont réellement les autres. » Cette conférence lui a permis de réévaluer ce qu’elle pouvait accomplir dans son domaine : « Je vois comment renouer avec certains des travaux que je pourrais mener et des collègues avec qui je pourrais collaborer. »